Je vous ai parlé de présence.

Puis de l’appliquer — vraiment. Pas juste y penser.

Il reste une dernière pièce.


Un soir cette semaine, je préparais à manger.

Mon petit neveu était assis sur le plan de travail. Il me parlait de son école — quelque chose d’important pour lui, je le sentais à sa façon de parler.

Je l’écoutais. Mais je calculais aussi le temps avant un appel. Je pensais à un message que je n’avais pas envoyé.

Il a dit quelque chose. J’ai souri sans avoir entendu quoi.

Il a glissé du plan de travail et il est parti.

Ce moment-là ne reviendra pas.


Il y a un concept japonais pour ça.

Ichigo-ichie. — 一期一会

Traduction : une vie, une rencontre.

Ce que ça dit en clair : ce moment — celui-ci, maintenant, avec cette personne — n’existera plus jamais.

Pas une autre version de lui. Pas quelque chose de similaire.

Lui. Ce moment précis. Disparu.


Ima wa ima disait : sois là maintenant.

Ichigo-ichie dit quelque chose de plus dur.

Il dit : ce maintenant est le seul de son espèce. Traite-le comme tel.


Les maîtres du thé japonais avaient formalisé ce principe il y a des siècles.

Chaque cérémonie — même répétée avec les mêmes invités, dans le même pavillon — était préparée et vécue comme si c’était la première et la dernière.

Parce que c’était vrai.


On fait l’inverse, nous.

On traite chaque consultation comme si elle allait se répéter.

“Je lui expliquerai ça la prochaine fois. Je prendrai le temps au prochain rendez-vous. Il reviendra dans trois mois.”

Parfois il ne revient pas.

Mais même quand il revient — ce moment-là, lui, est déjà parti.


Je ne parle pas d’un effort surhumain à chaque entrée dans un bureau.

Juste deux secondes.

La main sur la poignée de porte. Une pensée rapide : ce patient, là, maintenant — c’est la seule fois de ce genre.

Ce n’est pas de la philosophie zen pour cadres en burnout.

C’est du respect. Et souvent, c’est de la médecine.


Ima wa ima.

Ichigo-ichie.

L’un dit d’être là. L’autre dit pourquoi ça compte.